Songes d’hiver

Le mois de décembre, festif, familial et enguirlandé, en occident on y fête Noel, en orient on fomente des pseudo-révolutions qui engloutissent jeunesse et espoir.

je continue à zapper, les infos défilent, de la fumée, du sang et partout la même souffrance,je referme aussitôt la télé et replonge dans la lecture d’un Coben acheté dans une friperie. les personnages défilent et les pages me rapprochent vers le dénouement libérateur, achever la lecture d’un livre est jouissif, le lecteur peut se replonger dans un nouveau manuscrit, changer de maîtresse ou d’amant,résoudre les énigmes les plus atroces ou s’immerger dans des pensées aux vapeurs d’encens.

un grain de sable

Un reniflement sourd et profond surgit du fond de la salle, un mioche s’essuie le nez sur le revers de son pull jauni par le soleil et la morve. Il se retourne, observe ses camardes chaudement habillés, replonge sa tête entre ses épaules et resserre ses pieds gercés par le froid et les matins laborieux.

Sa main semble tracer des lignes peut être des mots sur sa copie d’examen, » les études te serviront pour plus tard » lui répète sans cesse sa maman, en lui badigeonnant son pain avec de l’huile végétale en guise de déjeuner.

Jusqu’à présent étudier l’empêche de bien manger le matin, d’avoir peut être quelques grammes de beurre ou de sucre à sucer blotti sous l’unique couverture de la chaumière

La sonnerie vint le réveiller de sa torpeur, il s’empressa de sortir, dehors une lumière blafarde l’aveugla, il vacilla sur ses jambes et s’écroula dans le froid des hauteurs du nord tunisien, un jeune de plus quitta cette terre, affamée. Sur sa table, on retrouva griffonné..pain

l’hiver

Une brise matinale mais glacée parcourt les ruelles étroites du village, balayant les rêves déchus et la poussière de la chaux vive.

Dar est le nom qu’on donne à ses maisons blanchies, aux murs épais et humides, ils sont difformes à cause des pierres mal taillées, ce qui leur confère cet aspect boursouflé, l’impression que tout le village s’apprête à imploser sous son poids.

les portes en bois de pin se referment lourdement sur une cour ou fleurissent une vigne ou un jasmin tentaculaires. Des cris enfantins s’en échappent parfois, des rires de femmes grassouillettes, ou la toux étouffée d’un vieil octogénaire.

Le village frémit aux lueurs, l’odeur épicée s’élève pour former un halo, quelques travailleurs téméraires se jettent alors dans les ruelles et  pressent le pas vers les stations qui se trouvent en aval de la colline.

je croise le regard d’un passant embêté de partir aussi tôt, il me salue d’un geste lent et semble marmonner un bonjour timide, je retourne la tête et continue à avancer vers la terrasse d’un café.

Attablé, je sirote mon deuxième café, un sucre au fond du verre, et laisse errer mes yeux au fond du local, le propriétaire calé derrière son énorme caisse enregistreuse, tirait sur son narguilé, et rejetait la fumée par d’énormes narines à l’orée d’une moustache drue et roussie.

Je me presse de terminer mon café, la chaise en acier me tailladait les fesses.

Comme chaque matin je dois partir au boulot, et replonger dans ma désillusion.

 

 

Akouda

un village haut perché, une colline logée entre la mer et le pays profond. des mythes se transmettent relatifs à certains lieux, autrefois redoutés, pour la plupart disparus.

le caroubier des géants, un arbres qu’on disait millénaire, logé sur les flancs de la falaise qui surplombe le magnifique panorama maritime.

Imposant par son feuillage touffu, les branches redescendaient en touchant la terre caillouteuse. des histoires circulaient, faisant de ce lieu, un repère de brigands, de voleurs pourchassés et dans les années quatre vingt, certains affirment qu’un tueur en série y violait puis dépeçait ses victimes.

Par certains soirs hivernales , on entend une complainte douloureuse résonner du fond du ravin et ricocher sur l’emplacement du caroubier.

Un dictateur fit construire non loin de là une demeure hideusement luxueuse, ayant ouïe de la réputation de l’endroit, envoya une pelleteuse qui l’arracha et repoussa son corps fibreux et meurtri dans les méandres de l’oubli, au fond du ravin.

à la mémoire d’un ami

Je débute en publiant une pensée rédigée par mon professeur décédé depuis peu et à qui je rends hommage, la mort disait il n’est qu’une sortie indispensable de la prison du temps, repose en paix l’ami.
LA GUERRE DES MAUX DITS
Par Nebil RADHOUANE
Pour railler l’incapacité des Romains à demander autre chose que les distributions gratuites du blé et les jeux du cirque, Juvénal leur adressa la formule, devenue célèbre, « Panem et circences », qui veut dire justement : « Du pain et les jeux du cirque » (Satires, X, 81).
Or, l’histoire a ceci d’ironique qu’elle répète périodiquement ses leçons en mettant à nu les défauts des hommes, leurs curieux travers et leurs basses convoitises. S’il était vivant, Juvénal nous dauberait comme il le fit des Romains, pour l’importance excessive que nous accordons désormais aux aspects clinquants des choses, aux prestations massivement spectaculaires et parfois même, sans raison, mobilisatrices.
Deux aspects, pourtant contradictoires, caractérisent notre pensée : d’un côté le prestige des mots vains et de la parlote ; de l’autre, c’est ce même privilège de « l’inanité sonore » et de la légèreté des mots qui manifeste pour nos causes les plus sérieuses et nous met constamment sur pied de guerre.

 

1) L’art de passer outre
Le rêve de tout intellectuel est que le savoir puisse se muer un jour en pouvoir. Or, ce n’est pas en évacuant ses états d’âme ou ses différends personnels avec Untel, que l’on pourra réaliser cet objectif.
A quels concours devrait participer un homme cultivé ? Aux petites querelles orientales ? Aux bisbilles administratives où la palme revient aux fayots et aux zélateurs? Non, ce serait se tromper d’ennemi et de guerre.
La sagesse, suprême convoitise du savoir, réclame de la sérénité et de la force tranquille. Et pour qu’elle soit digne de ce nom, la pensée doit être ferme et peu bavarde. A ce sujet, les sages taoïstes invoquent des formules si simples et si justes : « Celui qui parle ne sait pas, celui qui ne parle pas sait « .

 

Ce n’est pas que les contrariétés de tous les jours, les adversités dues au sort, soient faciles à supporter. Mais, pour survivre à ces maux et s’affirmer en tant qu’être, il faudra exceller dans l’art nietzschéen de « passer outre ». La seule manière, la meilleure, de contrer les contrariétés, c’est de les mépriser et d’aller de l’avant, avec ce calme olympien qui sied aux philosophes et qu’illustraient parfaitement les réactions zen de certains penseurs présocratiques.
Thalès était tombé dans le fossé parce qu’il avait la tête « scotchée » en permanence aux étoiles, mais il trouva l’excellente repartie qui rabattit le caquet à ses moqueurs ioniens : « Eux ne peuvent pas tomber dans le fossé, puisque déjà ils y sont ! »
Et souvenez-vous du tonneau de Diogène, de la flèche de Zénon puis, après Socrate, des raisonnements de Protagoras, de Gorgias et des sophistes.

 

2) Les guerres fantasmées
La vraie guerre doit se faire entre soi et soi. Entre soi et ses propres limites, pour pouvoir s’ingénier et se surpasser. Mais est-ce vraiment nécessaire de tout concevoir en termes de guerre ?
Il semble bien que la notion soit devenue incontournable. On donne le ton. Dès la première syllabe articulée par tel tribun ou tel orateur, l’hostilité belliqueuse est affichée. Le front est crispé, le regard est fébrile, le timbre est dans les basses et les graves, la voix est celle d’un chef de guerre qui s’égosille pour exhorter et haranguer la foule, de la manière la plus farouche et la plus féroce qui soit. De provoquer et de chercher noise, les cultures d’aujourd’hui ne guériront pas de sitôt.
Il n’est rien, jusqu’aux commentaires sportifs, qui ne soit chargé de vocabulaire militaire. Un match de pousse-ballon se transforme, à coups de métaphores guerrières, en véritable champ de bataille. L’avant-centre de l’équipe encouragée est un  » fer de lance » (« ra’s al-harba »), ses tirs sont des « boulets de canons » et sa prestation est celle d’un « héros ». L’attaque est assimilée à « l’assaut » et l’équipe adverse, à « l’ennemi à combattre à mort ». Enfin, les joueurs les plus combatifs sont admirés pour leur esprit « martial » (« rouh qitâliyyah »).

 

Une psychanalyse de la foule eût parlé en l’occurrence de « compensation » (« isqât »). Mais il semble que l’essentiel soit de s’accrocher à ce discours substitutif, sans lequel il est difficile de survivre.
C’est notre blé gratuit, et ce sont nos jeux de cirque.A

Premier article de blog

Je débute en publiant une pensée rédigée par mon professeur décédé depuis peu et à qui je rends hommage, la mort disait il n’est qu’une sortie indispensable de la prison du temps, repose en paix l’ami.
LA GUERRE DES MAUX DITS
Par Nebil RADHOUANE
Pour railler l’incapacité des Romains à demander autre chose que les distributions gratuites du blé et les jeux du cirque, Juvénal leur adressa la formule, devenue célèbre, « Panem et circences », qui veut dire justement : « Du pain et les jeux du cirque » (Satires, X, 81).
Or, l’histoire a ceci d’ironique qu’elle répète périodiquement ses leçons en mettant à nu les défauts des hommes, leurs curieux travers et leurs basses convoitises. S’il était vivant, Juvénal nous dauberait comme il le fit des Romains, pour l’importance excessive que nous accordons désormais aux aspects clinquants des choses, aux prestations massivement spectaculaires et parfois même, sans raison, mobilisatrices.
Deux aspects, pourtant contradictoires, caractérisent notre pensée : d’un côté le prestige des mots vains et de la parlote ; de l’autre, c’est ce même privilège de « l’inanité sonore » et de la légèreté des mots qui manifeste pour nos causes les plus sérieuses et nous met constamment sur pied de guerre.

 

1) L’art de passer outre
Le rêve de tout intellectuel est que le savoir puisse se muer un jour en pouvoir. Or, ce n’est pas en évacuant ses états d’âme ou ses différends personnels avec Untel, que l’on pourra réaliser cet objectif.
A quels concours devrait participer un homme cultivé ? Aux petites querelles orientales ? Aux bisbilles administratives où la palme revient aux fayots et aux zélateurs? Non, ce serait se tromper d’ennemi et de guerre.
La sagesse, suprême convoitise du savoir, réclame de la sérénité et de la force tranquille. Et pour qu’elle soit digne de ce nom, la pensée doit être ferme et peu bavarde. A ce sujet, les sages taoïstes invoquent des formules si simples et si justes : « Celui qui parle ne sait pas, celui qui ne parle pas sait « .

 

Ce n’est pas que les contrariétés de tous les jours, les adversités dues au sort, soient faciles à supporter. Mais, pour survivre à ces maux et s’affirmer en tant qu’être, il faudra exceller dans l’art nietzschéen de « passer outre ». La seule manière, la meilleure, de contrer les contrariétés, c’est de les mépriser et d’aller de l’avant, avec ce calme olympien qui sied aux philosophes et qu’illustraient parfaitement les réactions zen de certains penseurs présocratiques.
Thalès était tombé dans le fossé parce qu’il avait la tête « scotchée » en permanence aux étoiles, mais il trouva l’excellente repartie qui rabattit le caquet à ses moqueurs ioniens : « Eux ne peuvent pas tomber dans le fossé, puisque déjà ils y sont ! »
Et souvenez-vous du tonneau de Diogène, de la flèche de Zénon puis, après Socrate, des raisonnements de Protagoras, de Gorgias et des sophistes.

 

2) Les guerres fantasmées
La vraie guerre doit se faire entre soi et soi. Entre soi et ses propres limites, pour pouvoir s’ingénier et se surpasser. Mais est-ce vraiment nécessaire de tout concevoir en termes de guerre ?
Il semble bien que la notion soit devenue incontournable. On donne le ton. Dès la première syllabe articulée par tel tribun ou tel orateur, l’hostilité belliqueuse est affichée. Le front est crispé, le regard est fébrile, le timbre est dans les basses et les graves, la voix est celle d’un chef de guerre qui s’égosille pour exhorter et haranguer la foule, de la manière la plus farouche et la plus féroce qui soit. De provoquer et de chercher noise, les cultures d’aujourd’hui ne guériront pas de sitôt.
Il n’est rien, jusqu’aux commentaires sportifs, qui ne soit chargé de vocabulaire militaire. Un match de pousse-ballon se transforme, à coups de métaphores guerrières, en véritable champ de bataille. L’avant-centre de l’équipe encouragée est un  » fer de lance » (« ra’s al-harba »), ses tirs sont des « boulets de canons » et sa prestation est celle d’un « héros ». L’attaque est assimilée à « l’assaut » et l’équipe adverse, à « l’ennemi à combattre à mort ». Enfin, les joueurs les plus combatifs sont admirés pour leur esprit « martial » (« rouh qitâliyyah »).

 

Une psychanalyse de la foule eût parlé en l’occurrence de « compensation » (« isqât »). Mais il semble que l’essentiel soit de s’accrocher à ce discours substitutif, sans lequel il est difficile de survivre.
C’est notre blé gratuit, et ce sont nos jeux de cirque.A